Biographie de JUGURTHA

Son nom semble dériver de la racine berbère GR, encore vivante sous la forme ager « surpasser » et devait se lire yugar-ten «il les a surpassés, il leur est supérieur» ou, à la forme optative, yagar-ten «qu'il les surpasse, qu'il leur soit supérieur !». Jugurtha était le petit-fils du grand Massinissa et naquit vers 154 avant J.C. Après la mort de son père, Mastanabal, il fut recueilli par son oncle aîné Micipsa qui avait succédé à Massinissa.

 

Dés sa jeunesse, Jugurtha se signala par sa force physique et son intelligence. Il n'avait pas son pareil ni dans les courses à cheval ni à la chasse au lion. Il supplantait ses cousins à tel point que son oncle finit par voir en lui un rival pour ses deux fils, beaucoup plus jeunes. Pour se débarrasser de lui, il l'envoya à Numance, en Espagne, combattre aux côtés des Romains. Jugurtha se révéla alors un soldat hors pair et s'attira l'admiration des Romains.

 

Il revint en Afrique où ses amis et ses partisans lui firent un accueil triomphal. Micipsa décida alors, puisqu'il ne pouvait se débarrasser de lui, de se l'attacher par des largesses. Il le traita avec bonté et bien qu'il ne fût pas qualifié pour régner (il était issu d'une concubine) il en fit son fils adoptif donc un héritier légitime du trône de Numidie.

 

Selon Salluste, notre principale source sur le héros, Jugurtha était un jeune homme beau et vigoureux, assumant les missions les plus périlleuses et donnant des avis très judicieux. Salluste écrit aussi qu'il était perfide et sans scrupules : il faut sans doute lire qu'il connaissait les défauts de ses ennemis et qu'il savait les exploiter à son profit.

 

A la mort de Micipsa en 118 avant J.C. Adherbal, Hiempsal et Jugurtha furent appelés à gouverner la Numidie. Mais les trois co-héritiers ne s'entendirent pas pour régner ensemble et décidèrent de partager le trésor royal et le royaume lui-même. C'est alors que Hiempsal mourut, assassiné.

 

Adherbal accusa son cousin d'avoir commis le meurtre et voulut venger son frère. Jugurtha repoussa son attaque et mit ses fidèles en fuite. Adherbal se rendit alors à Rome et implora l'aide du Sénat. Les romains qui n'attendaient qu'une occasion pour intervenir en Afrique, envoyèrent une mission chargée de diviser le royaume entre les deux adversaires. Adherbal reçut les territoires de l'est avec, pour capitale, Cirta (Constantine), Jugurtha ceux de l'ouest.

 

Ce dernier était opposé à la division du pays mais il accepta l'arrangement et la paix se maintint durant trois années.

 

En 113 avant J.C, Jugurtha déclara les hostilités en assiégeant Adherbal dans sa capitale. Le prince appela Rome à son secours. Le Sénat envoya des messagers, chargés de ramener la paix entre les deux cousins mais Jugurtha rejeta leurs propositions et maintint le siège. Nouvel appel d'Adherbal au Sénat romain. Mais celui-ci, ne voulant pas d'une guerre en Afrique, se contenta d'envoyer d'autres messagers, qui ne furent pas plus heureux que les premiers.

 

Adherbal, pressé par les italiens enfermés avec lui depuis quinze mois, proposa de se rendre, contre la vie sauve. Mais Jugurtha refusa de lui faire grâce : il le fit mettre à mort ainsi que tous les hommes, y compris les Romains, pris les armes à la main. C'était une véritable déclaration de guerre.

 

Le parti des Nobles qui gouvernait à Rome ne souhaitait pas d'engagement militaire en Afrique, mais ses ennemis, trouvant là l'occasion de l'affronter, réclamèrent la guerre. Une armée fut levée et on s'apprêtait à l'expédier quand Jugurtha envoya à Rome un des ses fils et deux ambassadeurs pour proposer un arrangement. Mais le Sénat refusa tout accord et la guerre fut déclarée. L'armée romaine, commandée par le consul L. Calpurnius Bestia, arriva en Afrique. Elle prit quelques villes en Numidie mais n'alla pas bien loin. Jugurtha avait, en effet, dépêché ses émissaires auprès du consul et il avait obtenu, en corrompant ses chefs, une trêve. Bestia retourna peu après à Rome pour présider les comices électoraux, laissant les troupes en Numidie, en attendant que le Sénat ratifie le traité.

 

A Rome, le tribun C. Memmius, opposé à la paix, souleva l'indignation populaire. Le Sénat ordonna à Jugurtha de se rendre en Italie pour s'expliquer. On lui offrit toutes les garanties de sécurité et il s'y rendit. A Rome, il réussit à acheter quelques personnalités et put ainsi ne pas répondre aux questions de Memmius. Mais ses adversaires ne désarmèrent pas et produisirent un de ses cousins, un certain Massiva, qui réclama des droits sur le royaume de Numidie. Massiva fut assassiné peu après et Jugurtha fut accusé du crime. Le Sénat annula le traité de paix passé par Bestia et ordonna à Jugurtha de quitter l'Italie. De son bateau, en voyant Rome s'éloigner, celui-ci eut ce mot célèbre : « Ville à vendre qui ne tardera pas à périr si elle trouve un acquéreur!».

 

La guerre recommença donc, sous la direction du consul P. Albinus qui avait soutenu, à Rome, Massiva. Mais il retourna en Italie, peu après, sans avoir réussi à battre Jugurtha. En juin 109, le général Metellus prit la relève. Il commença par reprendre Vaga tombée entre les mains des Numides, puis il poussa à l'intérieur des terres, poursuivant Jugurtha jusqu'à Thala. Les Romains s'emparèrent du camp puis assiégèrent Cirta qu'ils finirent également par prendre. Jugurtha réussit à s'échapper.

Il se réfugia auprès de son beau-père, Bocchus 1er, roi de Maurétanie qu'il poussa à entrer en guerre contre les Romains. Il leva une armée et marcha sur Cirta qu'il réussit à reprendre (107 avant J.C).

 

Entretemps, Metellus, victime de rivalités politiques, était relevé de ses fonction et remplacé par son légat et adversaire, C. Marius.

 

Dès son arrivée en Afrique le nouveau chef de l'armée romaine s'empara de Capsa (Gafsa) et la détruisit. Il prit ses quartiers d'hiver, puis, au printemps, il se lança de nouveau à la poursuite de Jugurtha. Il s'essouffla à le suivre jusqu'à la Muluccha (Moulouya) où il enleva un fortin qui contenait le trésor de guerre de jugurtha. Ce dernier le fit poursuivre par ses troupes mais le Romain réussit à s'échapper et même à reprendre Cirta.

 

Jugurtha promit à Bocchus le tiers de la Numidie s'il l'aidait à vaincre ses ennemis. Bocchus lui fit des promesses mais secrètement, il craignait que les Romains gagnent la guerre et lui fassent payer son alliance avec Numide. C'est alors qu'il décida de le trahir. Il entra en rapport avec Sylla, le questeur de Marius, et l'informa de son projet. Sans aucun scrupule, il attira son gendre dans un guet-apens et le livra. Jugurtha fut aussitôt arrêté.

 

On le couvrit de chaînes et on l'envoya à Rome. On le promena dans la ville qu'il avait, autrefois, défiée, puis on le jeta dans une fosse. Il y mourut, six jours après de faim ou du lacet d'un étrangleur (104 avant J.C).

 

Bocchus fut honoré par les Romains et reçut, en récompense de sa trahison, la partie occidentale de la Numidie. La partie orientale fut donnée à Gauda, un frère de Jugurtha, entièrement soumis aux Romains. Ainsi prit fin l'indépendance de la Numidie.

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