L’horoscope Amazigh

L’HOROSCOPE AMAZIGH

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Depuis la plus haute Antiquité, les Imazighens, peuple sédentaire et agriculteur, ont associé  les destinées humaines avec les cycles réguliers des saisons et par conséquent à la vie agricole et pastorale, leurs activités principales. Depuis le Néolithique déjà (- 5000 ans avant notre ère) des peuples pasteurs se sont formés en Afrique du Nord et auraient influencé la naissance de civilisations pastorales en Europe du Sud. En effet, on retrouve de nombreuses similitudes et influences réciproques dans les motifs peints sur des galets, dans la décoration de la poterie, qui consistent en un même répertoire de signes symboliques, communs à différents foyers de civilisations néolithiques méditerranéennes.

Les Imazighens ont conservé jusqu’à nos jours ces motifs qui font référence à la vie agricole, stylisés à l’extrême, qui leur avaient servi également de point de départ pour développer une écriture consonantique originale, le tifinagh, encore utilisé à nos jours.

Les symboles religieux, les idéogrammes qui ont servi de fonds pour l’ornementation et pour l’écriture ont donc une même origine, mais ces trois dimensions (sacrée, esthétique et scripturale) ont évolué différemment, chacune exprimant un domaine particulier (divination, ornementation, écriture), tout en gardant des liens étroits.

 

Aperçu historique :

 Au cours du dernier millénaire avant notre ère les Imazighens subirent les influences d’autres civilisations venues de la Méditerranée (Espagne, Malte, Grèce, Crète…) et de l’Est (Egypte, Palestine, Mésopotamie.); les influences égyptiennes surtout se firent ressentir à partir de l’époque de la II dynastie thinite : la déesse Neite (elle-même issue de l’Astarté chaldéenne), se « berbérisa » en Ta- Neite, puis Tanite l’Africaine. A cette époque les Imazighens fonderont même des royaumes dans le Delta du Nil et s’imprégneront de la culture égyptienne, tout en préservant leurs caractéristiques culturelles propres. Ramsès II, puis Ramsès III les combattirent, en firent des alliés selon les circonstances, (contre les Hittites, par exemple). Un roi Amazighe régna pourtant à Hiérakléopolis, en Moyenne Egypte, et ce fut son septième descendant, Sheshonq I er, (Sisak dans la Bible) qui fonda la XXII ème dynastie, en 950 avant notre ère. Cette date est l’avènement du calendrier amazighe. Une autre dynastie berbère, celle d’Osorkon, succéda à celle fondée par Sheshonq Ier.

 Dès le X ème siècle les Imazighens entreront en contact d’une façon durable avec une autre civilisation orientale, les Phéniciens, peuple sémitique de marins et de commerçants, originaires des côtes de l’actuel Liban. Les Phéniciens, ou « Puniques » fonderont des comptoirs sur la côte nord africaine, de la Tunisie jusqu’au Maroc. Ils s’installèrent définitivement dans le pays des Imazighens, avec la fondation de Carthage (Kartha- Hadesh, la «  nouvelle ville), en 814 avant Jésus Christ, en échange d’un tribut payé régulièrement aux rois berbères. La civilisation phénicienne influencera profondément la culture amazighe et les échanges furent nombreux dans les domaines religieux (culte rendu au dieu Baal, par exemple), culturels, ainsi que dans les échanges de techniques industrielles et agricoles.

 Rome détruisit Carthage, sa rivale en Méditerranée et prit sa place en Afrique du Nord à partir de – 146 avant J.C, en transformant les colonies carthaginoises en possessions romaines ; de nombreux colons vinrent s’installer en Afrique du Nord, pendant que Rome poursuivait sa politique de colonisation, en annexant tous les royaumes amazighes, favorisant les rivalités entre les différents prétendants, tout en encourageant les vétérans de son armée à s’approprier de plus en plus de terres, malgré l’hostilité manifeste des autochtones.

Tout en poursuivant leur résistance face à l’occupation romaine les Imazighens empruntèrent aux colonisateurs le culte de certaines de leurs divinités, comme Saturne, par exemple, tout en les adaptant à leur mentalité et à leur culture et en continuant de pratiquer leurs propres cultes, le christianisme, implanté depuis le II er siècle après J.C, et le paganisme. Le calendrier julien date de cette époque- là, avec l’adoption des noms des mois juliens berbérisés, encore utilisés de nos jours mais peu a peu supplantés dans le domaine religieux par le calendrier musulman.

La superstition, un acte de résistance passive face à l’hégémonie des religions.

  Malgré la propagation du christianisme, surtout dans les milieux citadins, et l’opposition de l’Eglise amazighe aux traditions animistes et à la pratique de la magie et de la divination, très répandues dans les milieux populaires, les Imazighens, peuple profondément animiste, restèrent en général très attachés aux cultes des manifestations de la nature et à sa célébration par toutes sortes de fêtes et de cérémonies dédiés à l’eau ( par exemple le culte d’Aman, qui a donné naissance au culte d’Amon, en Egypte, la célébration d’Anzar, dieu de la pluie.), aux montagnes, considérées comme des temples des dieux et des esprits, les grottes, les sources, les arbres, véritables lieux de pèlerinages saisonniers, que ni le Christianisme ni l’Islam n’ont réussi à éradiquer de la mémoire collective et qui continuent à être répandues de nos jours.

 L’empire romain non plus n’a pas réussi a modifier l’esprit amazighe, farouchement attaché à ses traditions, malgré l’imposition du culte dédié aux césars ; de nombreux martyrs Amazighes chrétiens payèrent de leurs vies le refus de reconnaître l’empereur romain comme une divinité, et l’on sait  par ailleurs les déboires d’un auteur berbère célèbre, Apulée, Afulay de son vrai nom, confronté à la justice romaine à la suite d’accusations de pratique de la magie.

La célébration de la nature :

  Les fêtes, animistes et agraires à l’origine, ont toujours eu pour fonction de resserrer les liens, de restaurer le dialogue entre les diverses composantes de la société, hommes, femmes, jeunes et vieux, riches ou personnes de conditions modestes, citadins ou ruraux, les cérémonies réunissent dans un seul élan spirituel et festif à la fois tous les membres de la communauté ; elles sont bien antérieures au Christianisme puis à l’Islam, bien qu’elles en portent son apparence, comme aujourd’hui, en coïncidant avec les célébrations du calendrier musulman, elles renvoient néanmoins à un passé fort lointain, selon un schéma symbolique qui met en scène la structure duelle de l’univers (monde apparent, terrestre et monde occulte, céleste) et les efforts continus entrepris pour sauvegarder le dialogue et l’équilibre de ses parties jumelles, de dépasser et vaincre les oppositions et les contradictions, selon des rituels variés que l’on retrouve encore dans toutes les sociétés amazighes. 

 Cette même tentative de communication entre le visible et l’invisible se noue à l’aide de nombreux rites et pratiques, dont les expressions se trouvent dans toutes les manifestations religieuses, artisanales, architecturales, une multitude de gestes quotidiens ou de célébrations périodiques dont la femme surtout est détentrice et gardienne des secrets. Les lieux de pèlerinage, les manifestations religieuses collectives, se situent en dehors des religions monothéistes imposées et leur sont bien antérieures.

 Combattues tour à tour par le Christianisme puis par l’Islam qui ont vu en elles une forme de superstition et une persistance du paganisme - comme cela s’est passé dans d’autres civilisations, par exemple les Amérindiens obligés d’embrasser le Christianisme ont continué leurs pratiques religieuses animistes, sous des aspects bien catholiques, au sein même de l’église !- elles en ont emprunté les formes extérieures pour pouvoir se perpétuer en toute impunité : adoration des icônes et reliques chrétiennes ou invocation de la « baraka » des saints de l’Islam, pèlerinage saisonniers aux lieux saints, retraites spirituelles sous couvert de religions officielles, prières, jeûnes, sont encore pratiqués dans le même esprit animiste originel, un culte secret dédié à la Nature- mère et un moyen de transcendance pour rétablir,  « à la barbe des religieux », ce dialogue permanent avec le monde invisible, afin de relier l’être vulnérable avec le cosmos dont il est issu.

La femme, gardienne des traditions et médiatrice privilégiée :

 Médiatrice initiée et privilégiée entre l’intérieur et l’extérieur, entre le monde d’en bas et le monde d’en haut, la femme amazighe emprunte à la nature même son propre langage, au même titre que l’« Agourram », le « sage », celui qui sait, l’«Aggag » touarègue au savoir ésotérique, sortes de druides- chamans de la cosmogonie amazighe ; comme eux et au même titre que l’artisan, elle a toujours détenu les secrets des pratiques divinatoires et thérapeutiques, issues de nombreuses traditions très anciennes qui trouvent leur origine dans le Néolithique capsien et enrichies successivement au cours des siècles par des apports étrangers, mésopotamiens, égyptiens grecs, romains, juifs, arabes…

 Car la femme amazighe, pilier de la maison, a toujours été le garant de cette âme berbère qui est restée profondément attachée à la terre et au spectacle permanent et changeant à la fois des phénomènes naturels ; pendant que l’homme s’adonnait aux activités de la chasse, à l’extérieur du village,  la femme a eu le loisir d’observer la nature et de la cultiver, d’assister aux naissances et l’évolution de la vie, d’observer chaque domaine des règnes naturels- animal, végétal, minéral et éthéré (vents, nuages, brumes, air)- étant censé être animé par un esprit agissant qui lui est propre, dont il faut s’attirer l’approbation et la protection, savoir vivre en toute harmonie avec lui et être capable de déchiffrer son langage et ses présages : le vol de l’hirondelle, les filaments de laine accrochés à la branche, le changement du vent ou de la couleur du ciel, les traces laissées par l’animal sur le sable, sont autant de messages adressés à l’Homme pour le prévenir et lui indiquer sa marche dans la vie et les dispositions à tenir.

 Le mouvement régulier des astres dans la voûte céleste, le retour régulier des saisons et des travaux agricoles périodiques qui leur sont inhérents, impriment également dans les consciences une idée d’ordre supérieur et d’harmonie universelle, un mouvement de la vie collectif qui englobe l’être humain, qui n’en est qu’un élément, à pied d’égalité avec toutes les autres manifestations de la nature mère.

 Depuis le Néolithique les femmes surtout furent les gardiennes de l’âme et de la culture amazighe, les principales détentrices du patrimoine culturel qu’elles ont su préserver et qu’elles continuent de transmettre de génération en génération. Ce savoir millénaire issu de l’observation de la nature, de ses cycles et de ses manifestations, elles l’expriment dans toutes leurs pratiques quotidiennes, qu’elles soient d’ordre spirituel, artisanal, esthétique ou domestique, créant ainsi la cohésion et la permanence de la famille, de la tribu et du peuple amazighe, malgré les aléas de la vie et les bouleversements historiques : qu’elle soit citadine ou rurale, la femme amazighe maintient intact et continu ce fil conducteur qui relie les générations nouvelles avec les anciennes, établit le dialogue entre les monde visible et invisible; comme ceux de son village, des oasis tunisiennes, des déserts sahariens, des plaines algériennes ou des montagnes marocaines, la même mentalité, le même esprit qui unit toute une nation homogène, malgré l’apparente diversité, l’absence de cohésion politique, la même sagesse est transmise fidèlement, car la femme berbère est conservatrice, bien que curieuse et opportuniste, elle ne met jamais en péril l’héritage culturel et la masse d’expériences accumulées depuis les origines.

 Ce qui apparaîtra anodin, superflu ou relevant d’un folklore désuet aux yeux du profane, par exemple des motifs géométriques peints sur une poterie quelconque, un tissage discret ornant un tapis ou le revers d’un burnous, un motif particulier ornant un bijou ou quelque dessin au henné ou la forme d’un tatouage aura une signification toute particulière pour l’initié, car tous ces symboles possèdent un signifiant riche de sens et utilisent un vocabulaire codifié, qui est la trame solide et permanente de tout un peuple et sa culture, son essence profonde, encore plus résistante face aux modes et aux assauts du temps,un repère face aux bouleversements religieux et historiques. L’ensemble de ces symboles et motifs exprime effectivement la forte unité culturelle de tout un peuple, comme signes de reconnaissance parmi les membres d’une vaste famille ils permettent de reconnaître à certains détails particuliers l’appartenance régionale ou sociale de celui qui les porte.

 C’est dans cette tradition toute agraire que se situe l’art de la prédication amazighe, qui, rappelons- le, puise toute sa force, son originalité et son expression dans la vie agricole et pastorale ; contrairement à l’astrologie mésopotamienne, qui a donné naissance à l’astrologie occidentale, et qui sont toutes deux basées sur l’observation des astres, par opposition à la divination orientale, surtout arabe, qui identifie la vie humaine à un combat et qui utilise une symbolique guerrière ( les armes ), la prédication amazighe est chargée d’une symbolique  toute pacifique, rationnelle, empruntée à la nature et à la vie quotidienne.

Les symboles et les signes de prédestination :

 Influencée sans doute par de nombreux courants venus d’Orient, de la Mésopotamie, 3000 ans avant notre ère et surtout de l’art de la divination égyptien, l’horoscope amazighe plonge ses racines dans une époque très reculée, bien avant l’Antiquité ; mais contrairement à l’astrologie mésopotamienne, puis romaine qui en est l’héritière, toutes deux se référant principalement au système zodiacal ( positions des astres dans le ciel ), l’art de la prévision des destinées berbère se fonde sur la vie agraire et les relations que l’homme entretient avec son environnement familier, terrestre et son activité principale, l’agriculture : retour cyclique des saisons, transformation de la nature et adaptation des activités humaines aux conditions du temps, déterminent, d’une certaine manière la destinée de l’être selon la période où il naît.

 Chaque saison, chaque période de la vie agricole possède ses caractéristiques, positives et négatives, ses symboles majeurs et ses attributs secondaires qui confèrent des qualités morales et physiques, des prédispositions bonnes ou mauvaises, qu’il s’agit de savoir réguler, équilibrer, afin de vivre en parfaite harmonie au sein de la communauté et avec les énergies universelles

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